Supercopter à La Réunion

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La Réunion n’a pas usurpé son surnom d’île spectacle. Mais c’est d’hélicoptère que l’on appréciera le mieux ses paysages tourmentés où se succèdent gorges, cirques, cascades et volcan.

Survol en hélicoptère de l'île de La Réunion
Survol en hélicoptère du volcan du Piton de la Fournaise sur l’île de La Réunion (Photo : Helilagon)

A La Réunion, la journée des pilotes commence invariablement par la consultation du bulletin météo. Suivi généralement d’un petit coup de fil au refuge du Piton de la Fournaise pour savoir si, en haut, c’est dégagé ou non. Selon la réponse, on saura si ça vole… ou pas. Hier c’était non, aujourd’hui, coup de chance, c’est oui, grand bleu annoncé, autrement dit CAVOK en langage pilote (ceiling and visibility OK). La tournée des hôtels peut commencer. Pas de grasse mâtinée pour les amateurs de sensations fortes, la première rotation en hélicoptère est programmée à 7 heures tapantes. La première fournée de touristes débarque à l’héliport, un groupe de retraités qui n’en mène pas large. Pour eux c’est une première, leur baptême d’hélicoptère. Ils s’installent dans l’Ecureuil, plaquent les écouteurs sur leurs oreilles et lèvent un pouce vers le ciel comme ils l’ont vu faire dans Top Gun à l’adresse de leurs copains qui attendent le prochain vol. Tous repartent le lendemain pour la métropole mais pour rien au monde ils n’auraient voulu louper cette aventure coppolesque. Cela dit on conseillera plutôt cette excursion aérienne en début de séjour plutôt qu’à la fin dans un but de repérage pour mieux choisir ses randonnées par la suite.

L’hélicoptère quitte le sol en propulsant un nuage de poussière et de feuilles sur un caméléon qui prenait le frais. Cap au sud-est, direction le Piton de la Fournaise. Ce volcan de type hawaiien, l’un des plus actifs de la planète, est réglé comme une horloge. Il y va de sa petite éruption tous les 9/10 mois et pique de temps en temps une grosse colère (1986, 1998, 2004, 2007). Paysage lunaire, ou plutôt martien, à La Plaine des Sables, ici on reconnaît le cratère Dolomieu en partie effondré depuis l’éruption de 2007 et le Formica Leo du Pas de Bellecombe, là on distingue les cônes-cheminées et les failles d’où s’élèvent des fumerolles, surveillées en permanence par les volcanologues qui en mesurent régulièrement l’écartement. Au sol les chemins sont balisés à la peinture blanche car lorsque le brouillard monte (parfois en cinq minutes) il est très facile de se perdre, des randonneurs s’y font prendre chaque année. Il faudra revenir, en voiture cette fois-ci, pour visiter la Cité du volcan (rénovée en 2014, un peu plus à l’ouest) ou arpenter (avec un guide) d’anciens tunnels de lave pour se croire dans Voyage au Centre de la Terre.

Changement de décor à Takamaka, un écrin de verdure à la végétation exubérante, cette vallée encaissée pouvant recevoir jusqu’à 14 m de précipitations par an. Un défilé superbe, agrémenté d’une multitude de cascades et de deux barrages hydroélectriques, sillonné par de nombreux sentiers de randonnées et spot de canyoning renommé. Le pilotage y est assez délicat, car il faut se méfier des câbles qui traversent la vallée, tout en « s’appuyant » sur une paroi pour garder assez de marge pour pouvoir « dégager » en cas de pépin mécanique.

La Réunion en hélicoptère
Plusieurs circuits permettent de découvrir La Réunion vue du ciel (Photo : Helilagon)

Etape suivante au Piton des Neiges. Pas le moindre flocon mais un sommet à plus de 3000 m (point culminant de l’île de La Réunion). Les touristes qui ont passé la nuit au refuge adressent de grands signes à leurs visiteurs aériens, ils sont debout depuis les aurores pour admirer le lever du soleil et le panorama sur les cirques de Cilaos et de Salazie. L’Ecureuil effectue un 360° autour du sommet et plonge sur le troisième cirque : Mafate.

Mafate, c’est le bout du monde. Ni route ni voiture. Un sanctuaire naturel de 700 habitants répartis en plusieurs hameaux (appelés ici îlets) que l’on ne peut rejoindre qu’à pied ou par hélicoptère. Longtemps le facteur a été le seul lien avec l’extérieur. Ainsi, en quarante ans de service, Ivrin Pausé qui a pris sa retraite en 1991, a parcouru 253 000 km. Depuis 2016 une statue lui rend hommage à Mafate.

Reste le Trou de Fer, bouquet final de cette balade aérienne. On y accède par un long défilé, le Bras de caverne. Afin d’éviter que deux hélicos ne se retrouvent nez à nez, les pilotes se communiquent mutuellement leur position. Cet étroit goulet dont les parois défilent à cinq mètres des pales débouche sur un gouffre de 300 m de profondeur dans lequel se jettent plusieurs chutes d’eau. Une merveille ! On raconte que le tennisman Adriano Panatta qui participait à un tournoi dans l’île s’était offert cette virée en hélicoptère. Arrivé au Trou de Fer il ordonna au pilote de faire demi-tour pour revenir chercher Bjorn Borg resté à l’hôtel : « Viens avec moi, tu ne peux pas rater ça ! » Les deux champions rembarquèrent pour finir ensemble le circuit. La sortie du Trou, dite en ascenseur, est tout aussi spectaculaire. Si vous avez le cœur bien accroché, le pilote vous la complétera peut-être par une figure appelée marsouin avec basculement sur le cirque de Salazie et la cascade du Voile de la Mariée.

Comme souvent en fin de matinée, d’épais nuages viennent s’enrouler en écharpe autour des sommets. Pour Supercopter, il est temps de regagner l’aire de stationnement où, sauf mission spéciale, il passera le restant de la journée sous une housse. Et le caméléon profitera du calme retrouvé pour aller se dégourdir les pattes.

Pour faire pareil : Helilagon

Et pour vous donner (vraiment) envie de faire pareil :