voir le nombre d'immeubles qui sortent de terre
et de quartiers que l'on rénove, on sent bien que Belfast
a tourné la page de ces années de plomb et décidé de rattraper le temps perdu. Curieusement, c'est cette histoire récente qui attire aujourd'hui les touristes sur
les bords de la rivière Lagan autant que les pubs et les musées. Pour satisfaire cette demande, on a édité des plans de la ville présentant les lieux emblématiques du conflit entre catholiques et protestants dont les fameux murals, typiques d'Irlande du Nord. Un political tour dans West Belfast passe forcément par Falls Road, le quartier républicain, où le "mur international" (photo ci-dessus) mélange allègrement les thèmes comme Guernica, la Palestine, Che Guevara ou la présidence de George Bush junior, thèmes réactualisés en fonction des événements politiques. Les guides qui commentent
ces visites sont souvent d'anciens prisonniers politiques ou des membres de leur famille qui ont vécu de l'intérieur ce que l'on nomme ici les "troubles". Côté loyaliste, on n'est pas en reste. Pour s'en rendre compte, il suffit de se promener vers Shankill road où l'Union Jack flotte sur les façades des maisons et où l'on n'hésite pas à peindre les bordures de trottoir en bleu, blanc, rouge pour bien marquer son identité (quant aux républicains, ils repeignent les boîtes à lettres en vert et les pieds de lampadaires aux couleurs de la république d'Irlande). Là ce sont des fresques à la gloire de la Reine, des appels à la résistance ("No Surrender" est le maître mot) où l'on glorifie les héros disparus tragiquement, les milices paramilitaires ou Edward Carson qui s'opposa au Home Rule accordant une certaine autonomie à l'Irlande (photo du haut). L'histoire ancienne, avec la guerre de 14 ou la très symbolique bataille de la Boyne (1690) figure également en bonne place dans les peintures murales loyalistes. Au delà de la propagande grossière et du message politique, il faut surtout y voir une forme d'art unique au monde et accessible à tous gratuitement.