Fresque murale du quartier du Bogside à Derry en Irlande du Nord
« Death of Innocence », peinture murale dans le quartier du Bogside à Derry représentant Annette McGavigan, 14 ans, tuée par un soldat britannique en 1971. Symbole du processus de paix : le fusil a été cassé en deux et repeint en rouge en 2006. (Photo : Vacancesinsolites.fr)

Depuis la signature des accords du Vendredi Saint, en 1998, l’Irlande du Nord s’est engagée dans un processus de paix entre les communautés catholiques et protestantes meurtries par un conflit qui aura fait plus de 3500 victimes en 30 ans. Malgré quelques irréductibles dissidents de l’IRA qui refusent toujours de rendre les armes, le calme règne enfin à Belfast et Derry que l’on peut aller visiter d’un coup d’aile de low cost le temps d’un week-end (ou plus). Parmi les circuits proposés par les offices de tourisme de ces deux villes, les political tours remportent un franc succès auprès des visiteurs soucieux de comprendre l’histoire récente de ce pays.

Comme à Berlin, où les vestiges du Mur sont devenus les témoins de la guerre froide, les peintures murales d’Irlande du Nord rappellent les épisodes sanglants du conflit mais servent surtout à revendiquer son identité et à marquer son territoire. Souvenirs douloureux, propagande haineuse, messages d’espoir : cette galerie d’art à ciel ouvert ne laisse personne indifférent. Près de 2000 murals ont été répertoriés, le tout premier (loyaliste) ayant été peint en 1908. Certains disparaissent, d’autres ripolinés de frais et réactualisés pour l’occasion. Aux figures emblématiques comme Bobby Sands, mort d’une grève de la faim en 1981, et l’activiste Bernadette Devlin succèdent aujourd’hui des personnages plus consensuels comme le footballeur George Best (disparu en 2005) honoré aussi bien par les Loyalistes que par les Républicains. On peut faire ces circuits à pied, en bus ou encore à bord de l’un des célèbres taxis noirs.

Circuit des peintures murales en Taxi noir à Belfast
Black taxi devant l’International Wall sur Falls Road à Belfast (Photo : Vacancesinsolites.fr)

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Belfast se projette dans l’avenir sans renier son passé

A voir le nombre d’immeubles qui sortent de terre et de quartiers que l’on rénove, on sent bien que Belfast a tourné la page de ces années de plomb et décidé de rattraper le temps perdu. Curieusement, c’est cette histoire récente qui attire aujourd’hui les touristes sur les bords de la rivière Lagan autant que les pubs et le musée du Titanic. Pour satisfaire cette demande, on a édité des plans de la ville présentant les lieux emblématiques du conflit entre catholiques et protestants dont les fameux murals, typiques d’Irlande du Nord. Un political tour dans West Belfast passe forcément par Falls Road, le quartier républicain, où le « mur international » mélange allègrement les thèmes comme Guernica, la Palestine, Che Guevara ou la présidence de George Bush junior, thèmes réactualisés en fonction des événements politiques. Les guides qui commentent ces visites sont souvent d’anciens prisonniers politiques ou des membres de leur famille qui ont vécu de l’intérieur ce que l’on nomme ici les « troubles ». Côté loyaliste, on n’est pas en reste. Pour s’en rendre compte, il suffit de se promener vers Shankill road où l’Union Jack flotte sur les façades des maisons et où l’on n’hésite pas à peindre les bordures de trottoir en bleu, blanc, rouge pour bien marquer son identité (quant aux républicains, ils repeignent les boîtes à lettres en vert et les pieds de lampadaires aux couleurs de la république d’Irlande). Là ce sont des fresques à la gloire de la Reine, des appels à la résistance (« No Surrender » est le maître mot) où l’on glorifie les héros disparus tragiquement, les milices paramilitaires ou Edward Carson qui s’opposa au Home Rule accordant une certaine autonomie à l’Irlande. L’histoire ancienne, avec la guerre de 14 ou la très symbolique bataille de la Boyne (1690) figure également en bonne place dans les peintures murales loyalistes. Au delà de la propagande grossière et du message politique, il faut surtout y voir une forme d’art unique au monde et accessible à tous gratuitement.

Belfast Mural à Shankill Road
Peinture loyaliste sur Shankill Road à Belfast. (Photo : Vacancesinsolites.fr)

Derry pour les uns, Londonderry pour les autres

La querelle débute avec la dénomination de cette ville fortifiée réputée pour ses groupes musicaux. Il est vrai qu’ajouter un London au nom d’origine comme l’ont fait les troupes anglaises au XVIIe siècle ne pouvait qu’humilier un peu plus les Irlandais vaincus. Cette rancune tenace s’est ranimée dans les années 60 atteignant son paroxysme en 1972 avec la mort de 14 manifestants pour les droits civiques abattus par les troupes britanniques. Dans le quartier catholique du Bogside, sur les lieux mêmes où se déroula cette tragédie connue sous le terme de Bloody Sunday, trois artistes ont peint depuis 1993 une douzaine de fresques à partir de photos d’actualité relatant différents épisodes du conflit. Du lanceur de cocktails Molotov à « l’émeutier du samedi après-midi », les « Bogside artists » nous assènent un uppercut de première avec l’utilisation fréquente du noir et blanc (ou du bleu) qui accentue la dramaturgie des événements. La série se conclue par une note d’espoir avec le Mur de la Paix qui, sur un fond multicolore, représente une colombe et une feuille de chêne, l’emblème de Derry. Il faut savoir que ces mêmes artistes organisent régulièrement des visites commentées des murals (d’une durée d’une heure environ) dans ce quartier situé juste au pied des remparts de la vieille ville fortifiée.

Peinture murale dans le quartier du Bogside à Derry en Irlande du Nord
Peinture murale du quartier du Bogside à Derry en Irlande du Nord. (Photo : Vacancesinsolites.fr)

 

Pour visiter Belfast en Taxi noir

Le site de l’Office du tourisme de Belfast : Visit Belfast

Le site de l’Office du tourisme de Derry : Visit Derry

Circuit des peintures murales de Derry en compagnie d’artistes du Bogside